Tout homme peut être influent : ce que nous avons appris sur le leadership chrétien
Le dimanche 4 octobre 2026 marquait le lancement de notre formation « Église et Nation ». Pour cette toute première séance, c'est le Docteur Jules Lesly qui a ouvert le bal, avec un enseignement sur les fondements du leadership chrétien — un thème qui, selon ses propres mots, concerne chacun d'entre nous, bien plus largement qu'on ne le pense généralement.
Une affirmation qui bouscule
« Tout homme peut être influent dans tous les domaines de sa vie. » C'est par cette phrase que le Docteur Lesly a posé les bases de son enseignement. Une affirmation qui, en apparence simple, bouleverse une conception restrictive du leadership — celle qui le réserverait à quelques personnalités exceptionnelles, à des titres officiels, ou à des sphères de pouvoir visibles.
Le leadership, dans cette perspective chrétienne, n'est pas d'abord une question de position, mais d'influence exercée avec responsabilité. Un parent influence ses enfants. Un commerçant influence ses clients. Un étudiant influence ses camarades. La question n'est donc pas de savoir si nous sommes des leaders, mais quel type de leaders nous sommes — et quel type nous sommes appelés à devenir.
Le fondement biblique : une responsabilité à la mesure de ce qui est reçu
Le verset central de cet enseignement est tiré de Luc 12:48 : « À celui à qui on a beaucoup confié, on exigera beaucoup. » Ce principe d'intendance traverse toute l'Écriture — on ne possède jamais vraiment ses dons, son influence ou ses ressources ; on en est l'intendant, appelé à rendre compte de leur usage, à la mesure de ce qu'on a reçu.
Les trois responsabilités de l'administrateur
À partir de ce fondement, le Docteur Lesly a identifié trois responsabilités essentielles de celui à qui une charge est confiée — que ce soit une famille, une église, une entreprise, ou une nation :
- Maximiser les ressources, par la multiplication — ce qui implique trois attitudes : la reconnaissance de ce que nous avons reçu, la faculté de le partager avec les autres, et une vision partagée de l'actualisation du potentiel de chacun.
- Minimiser le chaos, par l'assujettissement — c'est-à-dire se placer soi-même sous une discipline avant de pouvoir légitimement structurer celle des autres. Une question reste volontairement ouverte ici : quel compromis, quel prix sommes-nous prêts à payer pour y parvenir ?
- Maintenir l'ordre, par la domination — comprise non comme une tyrannie, mais comme une gouvernance responsable et bienveillante, au service de ce qui est gouverné.
La pauvreté n'empêche pas de rêver
Un des moments les plus marquants de l'enseignement a porté sur la théorie des besoins d'Abraham Maslow, souvent interprétée comme signifiant que les personnes en situation de pauvreté matérielle seraient incapables d'aspirer à un accomplissement supérieur. Le Docteur Lesly a nuancé fortement cette lecture : oui, les personnes en situation de pauvreté peuvent rêver et avancer — mais à une condition précise, qu'elles s'approprient leur problème pour se prendre en main, plutôt que d'attendre une solution extérieure. C'est le passage d'une posture de victime passive à une posture d'acteur responsable qui ouvre la porte à l'espérance, quel que soit le niveau de ressources disponibles.
Quel type de personne es-tu ?
L'atelier en petits groupes de cette séance s'est appuyé sur une réflexion de l'auteur René Godefroy, autour de trois types de personnes : celle qui provoque les circonstances, celle qui les observe se produire, et celle qui ne voit rien de ce qui se produit. Face à la crise haïtienne, les participants ont été invités à se demander honnêtement : quel type de personne suis-je aujourd'hui — et quel type suis-je appelé à devenir ?
Un écho jusque dans la psychologie du sens
Le Docteur Lesly a également fait référence, au fil de son enseignement, à l'œuvre du psychiatre Viktor Frankl, survivant des camps de concentration et fondateur de la logothérapie. L'idée centrale de Frankl — que l'être humain peut trouver un sens même dans la souffrance la plus extrême, dès lors qu'il garde la liberté de choisir son attitude intérieure face à elle — résonne directement avec l'appel lancé aux participants : la situation difficile que traverse Haïti n'a pas à dicter notre passivité. Elle peut, au contraire, devenir le terrain même où s'exerce notre responsabilité et notre espérance.
Ce que nous retenons
De cette première séance, une conviction centrale demeure : le leadership chrétien n'est ni un privilège réservé à quelques-uns, ni une question de talent naturel. C'est une responsabilité d'intendance, confiée à chacun selon ce qu'il a reçu, qui s'exerce à travers trois tâches concrètes — faire fructifier, mettre de l'ordre, et gouverner avec service. Face à la situation actuelle d'Haïti, cet enseignement invite chaque chrétien, où qu'il se trouve, à refuser la passivité et à devenir, à son échelle, un artisan du changement qu'il espère pour son pays.
Merci au Docteur Jules Lesly pour cet enseignement fondateur, qui a donné le ton pour toute la suite de la formation « Église et Nation ». Rendez-vous dans nos prochains articles pour revivre les séances suivantes.