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Publié le 17 octobre 2026

Évangéliser en Haïti aujourd'hui : bien plus qu'un moment

Bougies blanches allumées, symbole de lumière

« L'évangélisation ne commence pas quand quelqu'un lève la main pour se convertir. » C'est par cette affirmation que le Révérend Docteur Jean Franck Charles a ouvert la Séance 2 de notre formation « Église et Nation », consacrée à l'évangélisation dans le contexte haïtien. Une phrase simple, mais qui bouscule une idée reçue : celle d'une évangélisation réduite à un seul instant, un seul geste, une seule décision ponctuelle.

Car l'évangélisation biblique est bien plus large. Elle commence dans la manière de vivre, de parler, de traiter autrui — bien avant qu'un mot ne soit prononcé sur le salut. Elle se nourrit d'un témoignage cohérent, capable, selon les mots de l'intervenant, de « changer des comportements » bien plus profondément qu'un discours, aussi bien construit soit-il.

Être le sel et la lumière

Le fondement de cet enseignement se trouve dans l'Évangile selon Matthieu : « Vous êtes le sel de la terre... Vous êtes la lumière du monde » (Matthieu 5:13-14). Être le sel, a expliqué le Révérend Docteur Charles, c'est considérer ce qui est bon et le préserver, résister à la dégradation du monde qui nous entoure, et agir concrètement pour la vérité et la justice. La lumière, elle, ne se cache pas : elle éclaire et elle guide. L'Église n'est donc pas appelée à se retirer du monde pour rester pure, mais à y être une présence vivante et visible.

Comprendre la réalité haïtienne pour mieux évangéliser

Un point fort de cette séance a été l'invitation à ancrer l'évangélisation dans la réalité concrète d'Haïti, autour de trois axes :

  • La souffrance sociale et l'insécurité — où l'Église est appelée à écouter avant de parler, et à accompagner réellement les personnes dans le besoin. « Heureux ceux qui procurent la paix » (Matthieu 5:9) devient ici un appel à l'action, pas seulement une promesse.
  • La pauvreté et les inégalités — qui posent, selon l'intervenant, un véritable défi à la crédibilité du témoignage chrétien si elles ne sont pas prises au sérieux.
  • La jeunesse haïtienne — présentée non comme un problème à gérer, mais comme « une richesse considérable » que l'Église doit écouter et accompagner.

Une foi qui s'accompagne d'œuvres

S'appuyant sur l'épître de Jacques — « La foi, si elle n'a pas les œuvres, est morte en elle-même » (Jacques 2:17) — le Révérend Docteur Charles a rappelé que l'évangélisation ne peut se limiter à la parole. Mais il a aussi pris soin de préciser un point théologique essentiel : cela ne signifie en aucun cas que l'on « achète » son salut par de bonnes actions. Les œuvres sont le fruit visible d'une foi authentique, non son prix.

De la présence à la contribution

Enfin, l'intervenant a appelé l'Église à dépasser la simple présence pour devenir une contribution active dans la société : former des disciples, être fidèle dans ses engagements, responsable dans la gestion de ses ressources, et rechercher activement la paix. L'Église, a-t-il souligné, peut demander des comptes et dénoncer l'injustice — sans pour autant devenir un parti politique ou chercher à diriger le pays.

Cela passe aussi par des actions concrètes : accompagner les plus vulnérables, nouer des partenariats avec des ONG spécialisées, offrir des espaces de dialogue, et soutenir la réconciliation — sans jamais imposer le silence aux victimes d'injustice. Car le pardon que Dieu offre ne signifie pas que l'injustice ne mérite pas d'être reconnue, et le cas échéant, sanctionnée.

Une séance riche, qui a rappelé à chacun des participants qu'évangéliser dans le contexte haïtien d'aujourd'hui demande à la fois de la conviction, de l'écoute, et un engagement qui se voit autant qu'il s'entend.

Merci au Révérend Docteur Jean Franck Charles pour cet enseignement qui continuera d'accompagner notre réflexion collective, et rendez-vous pour la Séance 3 de « Église et Nation ».