La honte de la nation est la honte de l'Église
Pour la Séance 3 de « Église et Nation », le Prophète Kenny Dorvilus a choisi d'ouvrir son enseignement par un déplacement. Celui d'Abram, appelé par Dieu à quitter son pays, sa patrie, la maison de son père — pour une promesse qui dépassait largement sa propre personne : « Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai ; je rendrai ton nom grand, et tu seras une source de bénédiction » (Genèse 12:1-2).
Ce choix n'est pas anodin. Il pose d'emblée un principe qui traverse toute la séance : l'appel de Dieu sur une vie n'est jamais purement privé. Il porte toujours, en germe, une dimension collective et nationale.
Né Haïtien, devenu chrétien
De ce récit fondateur, le Prophète Kenny a tiré une formule qui a marqué les participants : on ne naît pas chrétien, mais on naît Haïtien. La foi chrétienne est un choix, une nouvelle naissance qui intervient à un moment donné de la vie. L'identité haïtienne, elle, est reçue à la naissance — et selon l'enseignement, elle n'est pas le fruit du hasard, mais relève d'un dessein providentiel.
De cette distinction découle une conséquence directe, et exigeante : le chrétien haïtien ne peut légitimement se désengager de sa nationalité au nom de sa foi. Être chrétien ne dispense pas d'être pleinement, consciemment et activement Haïtien.
Une honte qui n'épargne personne
C'est peut-être le point le plus direct de toute la séance : la honte d'une institution haïtienne, a affirmé le Prophète Kenny, est la honte de toute la nation — et il a explicitement inclus l'Église dans cette affirmation. Pas d'exception, pas de statut à part pour l'institution religieuse.
De là découle un principe miroir, simple et en même temps difficile à entendre : un pays en bonne santé reflète une Église en bonne santé. L'Église haïtienne ne peut se positionner en simple spectatrice de la crise nationale, encore moins en juge extérieur : elle en est elle-même partie prenante, pour le meilleur comme pour le pire.
Ce que nous avons perdu en chemin
Une large partie de l'enseignement a été consacrée à l'érosion des valeurs traditionnelles haïtiennes. Le Prophète Kenny a illustré ce constat par une image qui a marqué l'assemblée : il fut un temps où l'on ne pouvait même pas fixer un vieillard dans les yeux, tant le respect dû aux aînés était ancré dans les mœurs. Cette retenue spontanée s'est largement estompée.
Il a aussi évoqué le konbit — ce travail communautaire où voisins et membres d'une communauté se rassemblaient pour accomplir ensemble une tâche, au bénéfice de l'un puis de l'autre à tour de rôle. Bien plus qu'une pratique économique, le konbit était un vecteur essentiel de transmission entre les générations. Sa disparition progressive n'est donc pas qu'une perte de solidarité : c'est une rupture dans la chaîne de transmission morale du pays.
Face à ce constat, l'enseignement a proposé un concept : la resocialisation — un réapprentissage volontaire des valeurs perdues, non une nostalgie passive d'un passé idéalisé.
L'exemple de Josaphat : enseigner et juger avec intégrité
Le Prophète Kenny s'est également appuyé sur l'exemple du roi Josaphat, qui envoya des chefs, des Lévites et des sacrificateurs enseigner la loi de l'Éternel dans toutes les villes de Juda (2 Chroniques 17), avant d'établir des juges à qui il donna cette exhortation : « Veillez sur vos actes, car il n'y a chez l'Éternel, notre Dieu, ni iniquité, ni égards pour l'apparence des personnes, ni acceptation de présents » (2 Chroniques 19:7).
Enseignement et justice, selon ce modèle, vont de pair — et l'un comme l'autre exigent une fidélité et une intégrité de cœur qui, selon l'enseignant, font aujourd'hui cruellement défaut dans de nombreuses institutions haïtiennes, religieuses comprises.
Une masse critique, pas une unanimité
C'est dans les ateliers en petits groupes qui ont suivi l'enseignement qu'une conviction forte a émergé parmi les participants : ce ne sont pas tous les Haïtiens qui changeront le pays, mais un groupe aux idées claires et honnêtes, capable de former une masse critique. Deux piliers sont apparus comme indispensables pour la constituer : l'éducation et la justice — à avancer de front, sans attendre, à l'image d'autres nations en crise qui continuent malgré tout de fonctionner.
La question qui a clôturé ces échanges n'était donc pas théorique. Elle est revenue à chaque participant, directement : quelle est ta place dans cette masse critique ?
Merci au Prophète Kenny Dorvilus pour cet enseignement exigeant, qui refuse à l'Église haïtienne toute position de retrait confortable face à la crise du pays. Rendez-vous pour la Séance 4, dernière étape de notre formation « Église et Nation ».